Le temps qui passe désormais n'a plus d'importance
Depuis le 4 juillet 2006, je ne suis plus revenu.
Ce 28 juin 2008, la première chose qui me frappe, c'est l'absence de fleurs, alors que dès le 7 septembre 2006 (anniversaire de la mort de Muriel), j'ai demandé à une boutique à l'entrée du cimetière d'effectuer un dépôt de fleurs sur la tombe.
Puis la Toussaint 2006, les « Hortensias de Pâques » 2007, le 11 juillet 2007 (date anniversaire de la naissance de Muriel), le 7 septembre 2007, la Toussaint 2007, les hortensias de Pâques 2008.
Où sont donc passées toutes ces fleurs ?
Il n'y a sur la tombe que l'immense pot rectangulaire que j'ai déposé le 4 juillet 2006.
Le commerçant m'assure les avoir déposées aux dates indiquées. Mystère...
Aucun autre fan n'est venu fleurir la tombe.
Je dépose ce 28 juin un kalankoé et je me recueille.
C'est l'endroit où le temps s'est arrêté, où je ne suis pas dans un monde sans Muriel, même s'il est d'autres moments et d'autres endroits où je sens sa présence.
Je me promets de revenir le lendemain et de fleurir encore plus la tombe, puisque personne ne le fait.
Si je vivais sur Paris, je crois que je passerais mon temps libre ici. Sans m'ennuyer une seconde.
En 2006, on m'avait dit à l'entrée du cimetière « Vous en avez pour une heure de marche », mais lorsque l'on connaît bien la localisation de la tombe, le trajet à pied dure 25 minutes.
L'endroit n'est pas triste, c'est ailleurs que tout est triste car « la vie continue » sans Muriel Baptiste : de nouvelles modes, de nouvelles séries télé, de nouveaux films, livres, acteurs.
J'ai prévu la pluie, le soleil, la canicule, je suis venu avec un K Way, une casquette, un gilet manches longues noué à la taille s'il fait froid.
Le ciel alterne les rayons de soleil et des nuages menaçants, mais rien ne se passe. Pas de pluie, pas de canicule.
La fontaine à eau devant la 115e division ne fonctionne pas.
Des voix, des présences : une femme, une famille, des personnes viennent dans la 115e division entretenir une sépulture. Puis s'en vont.
Le lendemain, je m'arrange pour rester plus longtemps. J'ai porté avec moi un second kalankoé et une autre fleur du même genre dont j'ai oublié le nom, ainsi qu'une bouteille en plastique remplie d'eau. La fontaine ne fonctionne toujours pas.
Je reste là, des heures, recueilli devant la tombe, le temps qui passe désormais n'a vraiment plus aucune importance.
De la mauvaise herbe a poussé dans le pot rectangulaire de 2006. Je me pique en la touchant, mais avec une lime à ongles, je parviens à l'éradiquer.
Il y a une minuscule plaque devant la tombe, « Régis Deuil », sans doute le nom du marbrier. Je ne l'avais jamais remarqué jusqu'ici.
Puis vient le moment de partir, j'ai tout planifié : durée du trajet à pied pour rejoindre l'entrée et l'arrêt de bus qui me conduit au métro de Pantin quatre chemins. Retour à la gare de Lyon.
De toute façon, ici ou ailleurs, je ne pense qu'à elle et elle n'est pas moins présente.